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Comptes étrangers
Par Me Marc Uzan, avocat fiscaliste à Paris
Comptes bancaires étrangers : comment les déclarer, quels risques, quelle défense ?
Avocat fiscaliste au Barreau de Paris depuis 2008 – pratique exclusive du droit fiscal, dont les comptes à l’étranger
Résumé
- Obligation de déclaration : chaque compte bancaire, assurance-vie ou fintech étranger doit en principe être mentionné via le formulaire n°3916-3916-bis, à déposer avec la déclaration de revenus (fin mai / début juin selon le département).
- Amende forfaitaire : 1 500 € par compte bancaire non déclaré (10 000 € si le compte est détenu dans un État ou territoire n’ayant pas conclu avec la France de convention d’assistance administrative) et 750 € par compte d’actifs numériques non déclaré (1 500 € lorsque la valeur de ces comptes dépasse 50 000 €).
- Majoration d’impôt : en principe 80 % des droits rappelés lorsqu’ils portent sur des revenus ou des avoirs liés à un compte étranger non déclaré (article 1729-0 A du CGI).
- Avocat fiscaliste : audit de conformité, régularisation volontaire, défense contradictoire et négociation des pénalités.
Quelles sont mes obligations fiscales si je possède un compte bancaire à l’étranger ?
- Résident fiscal ? Toute personne fiscalement domiciliée en France – par exemple un impatrié ou un ancien expatrié revenu vivre en France –, de même que les sociétés civiles établies en France (une SCI, par exemple), doit en principe déclarer chaque compte ouvert, détenu, utilisé ou clos hors de France. L’obligation découle de l’article 1649 A du CGI et s’applique même si le solde est nul ou si aucun revenu n’a été perçu durant l’année.
- Comptes concernés : la règle couvre les banques traditionnelles, les néobanques (Revolut, Wise), les contrats d’assurance-vie souscrits à l’étranger et les comptes d’actifs numériques ouverts auprès de plateformes étrangères (Binance, Kraken). Les comptes de paiement en ligne (PayPal, par exemple) sont en principe concernés, sauf exception pour certains comptes utilisés pour des achats ou des ventes en ligne, adossés à un compte ouvert en France et dont les encaissements ne dépassent pas 10 000 € par an.
- Formalités : un formulaire 3916-3916-bis distinct est en principe rempli pour chaque compte, avec la déclaration de revenus en ligne ; il indique notamment l’établissement et son adresse, le numéro du compte, sa nature, ses dates d’ouverture ou de clôture et son usage (personnel, professionnel ou mixte). La case 8UU (8TT pour un contrat d’assurance-vie) de la déclaration de revenus est en principe cochée.
- Délai de reprise allongé : en cas de non-déclaration, l’administration dispose en principe de 10 ans, au lieu de 3, pour rectifier l’impôt sur les revenus liés au compte (intérêts, dividendes, plus-values), sauf notamment lorsque le total des soldes créditeurs des comptes concernés n’a, à aucun moment de l’année, dépassé 50 000 €.
- Revenus du compte : en principe, les intérêts se déclarent case 2TR, les dividendes case 2DC (ou 2TS lorsqu’ils n’ouvrent pas droit à l’abattement de 40 %) et les plus-values sur actifs numériques case 3AN, après le formulaire 2047 ou 2086 selon le cas. Une erreur sur ces revenus peut entraîner des rappels d’impôt et des pénalités, même si le compte lui-même a bien été déclaré.
Quels risques et sanctions en cas d’omission ou d’erreur ?
| Type de manquement | Amende forfaitaire | Majoration d'impôt | Peine pénale possible | Base légale |
|---|---|---|---|---|
| Omission simple | 1 500 €/compte et par an | 80 % sur les rappels liés au compte | CGI 1736 IV 2 et 1729-0 A | |
| Omission (État ou territoire sans convention d’assistance administrative permettant l’accès aux renseignements bancaires) | 10 000 €/compte et par an | 80 % | CGI 1736 IV 2 et 1729-0 A | |
| Dissimulation volontaire | Amende ci-dessus | 80% (1729-0 A) | CGI 1729-0 A | |
| Fraude fiscale aggravée | Amende ci-dessus | 80% | 3M€ + 7 ans de prison | CGI art. 1741 |
Comment déclarer correctement un compte bancaire détenu à l’étranger ?
- Recensement des comptes, idéalement avec votre avocat : en principe, tous les comptes sont concernés (banques, néobanques, assurances-vie, plateformes de cryptoactifs), y compris les comptes inactifs ; une procuration sur un compte peut aussi créer une obligation déclarative, au même titre que la titularité.
- Informations à réunir : pour chaque compte, le nom et l’adresse de l’établissement, le numéro du compte, sa nature (compte courant, épargne, titres, actifs numériques…), ses dates d’ouverture ou de clôture et, le cas échéant, la procuration détenue.
- Un formulaire par compte : chaque compte fait en principe l’objet d’un formulaire 3916-3916-bis distinct ; l’exactitude des informations (pays, numéro de compte, dates) mérite une attention particulière, car une erreur peut fragiliser la déclaration.
- Revenus correspondants : les intérêts, dividendes et plus-values perçus sur ces comptes sont en principe à déclarer dans les cases adéquates de la déclaration de revenus, le cas échéant avec le formulaire 2047, 2074 ou 2086 ; selon la convention fiscale applicable, un crédit d’impôt peut éviter une double imposition.
- Conservation des justificatifs : il est prudent de conserver, en principe pendant au moins 10 ans, les contrats d’ouverture, relevés et historiques de transactions. En cas de contrôle, la charge de la preuve peut incomber au contribuable, et l’absence de justificatifs peut avoir des conséquences importantes.
- Échange automatique d’informations : les établissements étrangers transmettent en principe chaque année à l’administration française des informations sur les comptes des résidents de France (norme commune de déclaration, ou CRS) ; un compte non déclaré peut ainsi être détecté, parfois plusieurs années après.
- Respecter la date limite : la déclaration en ligne est en principe à déposer avant fin mai - début juin (selon département).
Pour un mode d’emploi détaillé, cadre par cadre, avec un exemple complet, voir le guide formulaire 3916 : comment déclarer un compte à l’étranger, pas à pas.
Lorsqu’un retrait est effectué sur une assurance-vie souscrite à l’étranger, la part imposable, les taux et le formulaire 2778 sont expliqués, avec des exemples chiffrés, dans l’article rachat d’une assurance-vie étrangère : comment la France impose les gains.
Comment régulariser un compte étranger non déclaré avant contrôle ?
- Analyse préalable avec votre avocat : avant toute démarche, il est recommandé de faire analyser votre situation par un avocat, afin de déterminer les actions les plus appropriées.
- Déclaration rectificative volontaire : selon les cas, il peut être approprié de déposer les 3916-3916-bis et 2042 corrigées pour les années non prescrites (en principe jusqu’à dix ans), accompagnées d’un courrier expliquant l’origine des fonds et votre démarche spontanée. Cette initiative peut contribuer à démontrer votre bonne foi.
- Simulation financière détaillée : il est utile de chiffrer l’impôt supplémentaire, l’intérêt de retard (0,20 %/mois) et l’amende par compte. Cette anticipation budgétaire peut faciliter la négociation avec le service du recouvrement et éviter un défaut de paiement aggravant.
- Remise des pénalités : selon les cas, une demande de remise gracieuse des pénalités peut être présentée sur le fondement de l’article L. 247 du LPF ; l’administration l’apprécie au cas par cas.
- Plan de paiement : selon les cas, un échéancier de paiement peut être sollicité auprès du comptable public, éventuellement assorti de garanties.
- Rôle de l’avocat : il analyse la situation, réunit les pièces, prépare les déclarations et le courrier explicatif, et assure le lien avec l’administration fiscale.
Ce que je vois dans mes dossiers
Les dossiers de comptes étrangers que je traite ont souvent de très forts enjeux. Plusieurs situations reviennent dans mes dossiers :
- Les procurations. Une personne dispose d’une procuration sur le compte d’un proche, sans jamais avoir touché aux fonds. Elle se retrouve pourtant dans le filet de l’administration, qui lui demande de régulariser ce compte, et ne comprend pas pourquoi. Ces dossiers demandent une présentation intelligente de la situation, puis une négociation.
- Les transferts entre proches, fréquents en Asie. Les virements entre membres d’une même famille ou entre amis sont un usage répandu en Asie. Au regard de la fiscalité française, ils posent de vraies difficultés : chaque flux est à justifier, faute de quoi il risque d’être traité comme une donation, avec des droits très lourds. Là encore, la façon de présenter le dossier et de négocier compte beaucoup.
- Des banques trop rassurantes. Au Portugal notamment, certaines banques affirment à leurs clients que tout est en ordre, y compris vis-à-vis de la France, ou leur ouvrent des sous-comptes sans les prévenir. La déclaration reste pourtant due en France : ces éléments sont à expliquer à l’administration lors de la régularisation.
Lorsque l’administration interroge un contribuable sur un compte à l’étranger, c’est en général parce qu’elle a reçu des informations sur des montants significatifs. La présentation du dossier et la négociation peuvent alors, selon les cas, peser sensiblement sur le montant final, sur l’impôt comme sur les pénalités. Dans mon expérience à ce jour, chaque détail du dossier compte, car un choix fait trop vite peut orienter l’administration vers des pistes défavorables, et aucun résultat ne peut être garanti. Voir la page consacrée au contrôle fiscal des comptes étrangers et l’article sur les comptes non déclarés au Portugal.
Dans mes dossiers, un compte non déclaré est presque toujours découvert de la même façon : par un courrier de l’administration, qui en a eu connaissance par l’échange automatique d’informations. Les comptes oubliés sont surtout des comptes-titres, des contrats d’assurance-vie et des comptes de retraite, en somme les comptes sur lesquels il y a beaucoup d’argent. Ils sont situés dans tous les pays de l’Union européenne, au Royaume-Uni, aux États-Unis, en Israël, en Chine, à Hong Kong, à Singapour et, de plus en plus, en Argentine et au Canada.
Que la régularisation soit spontanée ou fasse suite à une demande de l’administration, je ne constate pas de grande différence de traitement, même si l’administration peut se montrer un peu plus clémente dans le premier cas. Une régularisation demande en général de quatre à douze mois, selon l’importance du dossier et le service. Les relevés bancaires finissent en général par être obtenus, parfois au prix de nombreuses relances ; la vraie difficulté survient lorsque le compte a été clos et que la banque, dont on n’est plus client, rechigne à fournir les documents.
Quant aux comptes dormants ou à faible solde, des amendes sont souvent appliquées malgré tout, car c’est la loi. Je construis donc le dossier dès le départ de façon à préserver une chance de les éviter et, s’il y en a, je négocie, souvent avec succès.
FAQ
Pourquoi l’administration exige-t-elle la déclaration de mes comptes étrangers ?
Dans le cadre de la norme commune de déclaration (CRS), plus de 100 États et territoires transmettent chaque année à la France des informations sur les comptes détenus par ses résidents (soldes, intérêts et dividendes…). La déclaration des comptes permet à l’administration de rapprocher ces informations des revenus déclarés.
Un compte non déclaré peut ainsi être repéré plusieurs années après son ouverture ; les conséquences peuvent alors porter sur plusieurs années, d’où l’intérêt d’en parler à un avocat avant toute démarche.
Comment puis-je prouver la provenance licite des fonds figurant sur mon compte à l’étranger ?
Il peut être utile de constituer, avec votre avocat, un dossier chronologique : bulletins de salaire, factures, conventions de cession d’actions, relevés de plus-values, actes notariés de donation ou succession et certificats de résidence fiscale étrangère le cas échéant.
Pour chaque crédit, il est utile de joindre le justificatif correspondant, d’indiquer la conversion au taux officiel du jour et de mentionner la base légale d’exonération ou de double imposition déjà payée. Cette traçabilité permet de démontrer que les sommes sont taxées ou exonérées à bon droit, limitant ainsi le risque de requalification en revenus imposables en France.
Que faire si je reçois une amende de 10 000 € pour compte non déclaré ?
Avant toute démarche, il est recommandé de consulter un avocat afin d’analyser votre situation. Il peut notamment être utile de vérifier si la banque est effectivement située dans un État ou territoire n’ayant pas conclu avec la France de convention d’assistance administrative ; si ce n’est pas le cas, une réduction à 1 500 € peut en principe être demandée. Selon les cas, une réponse argumentée au service local, dans le délai de 30 jours, accompagnée du formulaire 3916-3916-bis, exposant l’erreur de bonne foi et proposant le paiement des droits éventuels, peut être une solution appropriée.
En parallèle, un avocat peut invoquer la disproportion de la sanction et solliciter une remise gracieuse partielle, surtout pour un premier manquement ou un faible enjeu fiscal.
Glossaire & checklist
Compte “utilisé” : compte sur lequel au moins une opération a été enregistrée dans l’année.
CRS : norme commune de déclaration ; échange automatique d’informations sur les comptes financiers entre plus de 100 États et territoires.
3916-3916-bis : formulaire à joindre à la déclaration 2042 pour chaque compte étranger.
Checklist “5 étapes pour déclarer”
□ Lister les comptes : banques, néobanques, assurances-vie, plateformes de cryptoactifs
□ Réunir les informations de chaque compte (établissement, numéro, dates)
□ Remplir un formulaire 3916-3916-bis par compte et cocher la case 8UU ou 8TT
□ Déclarer les revenus des comptes (par exemple cases 2TR, 2DC, 3AN)
□ Conserver les justificatifs (en principe au moins 10 ans)
Pour aller plus loin
- Texte intégral de l’article 1649 A CGI et commentaires BOFiP BOI-CF-CPF-30-20.
- Directive DAC8 : depuis le 1er janvier 2026, les prestataires de services sur cryptoactifs collectent des informations sur leurs clients, transmises ensuite aux administrations fiscales des États membres de l’Union européenne.
Articles pour aller plus loin
- Rachat d’une assurance-vie étrangère : comment la France impose les gains
- Formulaire 3916 : comment déclarer un compte à l’étranger, pas à pas
- Quel compte bancaire à l’étranger doit-on déclarer ?
- Est-ce que les impôts ont accès à vos comptes bancaires étrangers ?
- myPOS et fisc français : l’échange automatique des comptes étrangers
- Déclaration fiscale 2042 : comptes étrangers, case pré-cochée 8UU ou 8TT
- L’échange automatique des données bancaires (CRS)
- Pour quels comptes étrangers faut-il payer des impôts ?
- La déclaration des comptes, assurances-vie et trusts étrangers
- Contrats d'assurance-vie détenus à l'étranger : comment faire sa déclaration ?
