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L’échange automatique des données bancaires (CRS)

Par Me Marc Uzan | · mis à jour le | Comptes étrangers | 9 commentaires

L’échange automatique des données bancaires (CRS)

Depuis 2017, l’administration fiscale française reçoit chaque année, de la part de nombreux pays, des informations sur les comptes financiers que les résidents de France détiennent à l’étranger. C’est l’échange automatique d’informations, organisé par une norme internationale élaborée sous l’égide de l’OCDE : la norme commune de déclaration, souvent désignée par son sigle anglais CRS (Common Reporting Standard).

Cet article explique simplement comment fonctionne cet échange, quelles informations l’administration française reçoit et ce que cela implique pour un résident de France qui détient un compte à l’étranger. Chaque situation reste particulière : en cas de doute, l’analyse d’un avocat permet de déterminer les démarches les plus appropriées.

En bref

  • Les établissements financiers de plus de 110 juridictions identifient chaque année les comptes de leurs clients résidents d’autres États et transmettent les informations à leur administration fiscale, qui les communique à celle de l’État de résidence.
  • Pour un résident de France, ces informations parviennent en principe à l’administration fiscale française : identité du titulaire, numéro du compte, solde ou valeur en fin d’année, revenus et produits de cession.
  • Pour les comptes de personnes physiques, la norme ne prévoit en principe pas de seuil : un petit compte peut aussi être signalé.
  • L’administration rapproche ces informations des déclarations de comptes (formulaire 3916-3916-bis) et des revenus déclarés ; un écart peut conduire à une demande de renseignements ou à une case 8UU pré-cochée.
  • Un compte non déclaré expose à des amendes et à un délai de reprise allongé et, selon les cas, à des majorations, voire à des poursuites pénales : l’analyse d’un avocat permet d’envisager les solutions adaptées.

Qu’est-ce que l’échange automatique d’informations ?

L’échange automatique d’informations financières (en anglais Automatic Exchange of Information, ou AEOI) s’est développé après la crise financière de 2008, dans le cadre de la lutte contre la fraude et l’évasion fiscales. En 2014, l’OCDE a adopté la norme commune de déclaration, qui fixe des règles communes : quels établissements déclarent, quels comptes, quelles informations et selon quel calendrier.

Au sein de l’Union européenne, cette norme a été reprise par la directive 2014/107/UE, dite « DAC 2 ». La France a fait partie des premiers États à l’appliquer : les premiers échanges ont eu lieu en 2017, au titre des comptes détenus en 2016. D’autres juridictions ont suivi à partir de 2018, comme la Suisse. Plus de 110 juridictions échangent aujourd’hui des informations selon cette norme, notamment tous les États membres de l’Union européenne, la Suisse, le Royaume-Uni, Monaco, Andorre, Singapour, Hong Kong ou les Émirats arabes unis ; la liste à jour est publiée par l’OCDE.

Les États-Unis n’appliquent pas la norme commune de déclaration. La France reçoit toutefois certaines informations sur les comptes que ses résidents détiennent aux États-Unis, en application de l’accord intergouvernemental conclu avec ce pays en 2013 ; cette réciprocité est plus limitée, le solde des comptes n’étant notamment pas transmis.

Les grandes étapes

AnnéeÉtape
2014Adoption de la norme commune de déclaration par l’OCDE et de la directive européenne « DAC 2 »
2016Collecte des premières informations par les établissements financiers des premiers pays participants, dont la France
2017Premiers échanges entre ces pays, au titre de l’année 2016
2018Premiers échanges pour d’autres juridictions, dont la Suisse
2026Application de la directive européenne « DAC 8 », qui étend l’échange aux cryptoactifs
2027Premiers échanges prévus sur les cryptoactifs, au titre de l’année 2026

Comment fonctionne l’échange ?

Le mécanisme se déroule en trois temps, souvent résumés par la formule « collecter, déclarer, échanger » :

  • les établissements financiers (banques, courtiers, certaines compagnies d’assurance, etc.) identifient la résidence fiscale de leurs clients, en principe au moyen d’une auto-certification remise lors de l’ouverture du compte, qui mentionne l’État de résidence et le numéro d’identification fiscale ;
  • chaque année, ils transmettent à l’administration fiscale de leur État les informations sur les comptes des clients résidents d’autres États participants ;
  • cette administration communique ensuite ces informations à l’administration fiscale de l’État de résidence du titulaire, en principe avant la fin du mois de septembre de l’année suivante.

Les comptes détenus indirectement, par exemple au travers d’une société ou d’une structure qui n’exerce pas d’activité réelle, peuvent aussi être signalés, au nom des personnes physiques qui la contrôlent.

Quelles informations sont transmises ?

Pour chaque compte concerné, les informations transmises comprennent en principe :

CatégorieExemples d’informations
Identité du titulaireNom, adresse, État de résidence, numéro d’identification fiscale, date et lieu de naissance
Identification du compteNuméro du compte, nom et identifiant de l’établissement financier
MontantSolde ou valeur du compte au 31 décembre, ou mention de sa clôture dans l’année
RevenusMontants bruts des intérêts, dividendes et autres revenus versés sur le compte, produits bruts de cession de titres

Pour les comptes de personnes physiques, la norme ne prévoit en principe aucun seuil : un compte au solde modeste peut donc être signalé. Un seuil de 250 000 dollars américains peut, selon les États, s’appliquer à certains comptes de sociétés ouverts avant l’entrée en vigueur de la norme.

Que fait l’administration française de ces informations ?

L’administration fiscale française rapproche les informations reçues des déclarations des contribuables : déclarations de comptes à l’étranger (formulaire n° 3916-3916-bis) et revenus déclarés (formulaire n° 2047 et déclaration n° 2042). Ces informations sont aussi exploitées dans le cadre du contrôle fiscal (voir l’article est-ce que les impôts ont accès à vos comptes bancaires étrangers ?).

Lorsqu’un compte signalé n’apparaît pas dans les déclarations, l’administration peut notamment pré-cocher la case 8UU de la déclaration de revenus (voir l’article sur la case 8UU pré-cochée) ou adresser au contribuable une demande de renseignements (courrier n° 751-SD). Elle peut aussi, selon les cas, lui demander de justifier l’origine et les modalités d’acquisition des avoirs (article L23 C du livre des procédures fiscales) : voir l’article sur la demande de régularisation d’un compte étranger non déclaré.

Un exemple

Paul, résident fiscal de France, détient depuis plusieurs années un compte dans une banque luxembourgeoise. Au 31 décembre 2025, le solde est de 3 000 000 € et le compte a produit 75 000 € d’intérêts dans l’année. En 2026, la banque transmet ces informations à l’administration fiscale de son pays, qui les communique à l’administration française, en principe au plus tard fin septembre 2026. L’administration française peut alors vérifier si le compte figure sur un formulaire 3916-3916-bis joint à la déclaration de revenus déposée au printemps 2026, et si les 75 000 € d’intérêts ont été déclarés.

Quelles conséquences pour un compte non déclaré ?

Détenir un compte à l’étranger est légal, mais un résident de France est en principe tenu de le déclarer chaque année et d’en déclarer les revenus (voir quel compte bancaire à l’étranger doit-on déclarer ?). Lorsque ces obligations n’ont pas été respectées, la loi prévoit notamment :

  • une amende de 1 500 € par compte non déclaré et par année, portée à 10 000 € pour un compte situé dans un État ou territoire qui n’a pas conclu avec la France de convention permettant l’accès aux renseignements bancaires ;
  • l’impôt éludé, avec l’intérêt de retard (0,20 % par mois) et, selon les cas, une majoration de 80 % (article 1729-0 A du CGI), qui se substitue alors à l’amende sans pouvoir lui être inférieure ;
  • un délai de reprise de l’impôt sur le revenu porté à dix ans, sauf si le total des soldes des comptes à l’étranger n’a, à aucun moment de l’année, dépassé 50 000 € ;
  • dans les cas les plus graves, des poursuites pénales pour fraude fiscale : lorsque la fraude a été commise au moyen de comptes ouverts à l’étranger, l’amende peut atteindre 3 millions d’euros, ou le double du produit tiré de l’infraction, et l’emprisonnement sept ans (article 1741 du CGI).

Une régularisation spontanée ne supprime pas, en principe, les amendes et majorations, mais elle peut permettre d’en limiter certaines : l’intérêt de retard peut ainsi, sous conditions, être réduit de 50 % en cas de dépôt spontané d’une déclaration rectificative. Depuis la loi du 23 octobre 2018, l’administration est par ailleurs, en principe, tenue de dénoncer au parquet les dossiers dans lesquels les droits rappelés dépassent 100 000 € et sont assortis de certaines majorations. Avant toute démarche, il est recommandé de consulter un avocat afin d’analyser la situation et de déterminer les actions les plus appropriées : voir les articles régularisation d’un compte étranger non déclaré : que faire en cas d’oubli ? et quelles amendes en cas de non-déclaration de compte à l’étranger ?, ainsi que la page sur la régularisation d’un compte étranger non déclaré.

Ce que je vois dans mes dossiers

Dans mes dossiers, les comptes non déclarés sont presque toujours découverts par ce biais : l’administration reçoit les informations, puis adresse un courrier au contribuable. Ces échanges sont ce qui a le plus changé ces dernières années : des informations arrivent du monde entier, et l’administration les exploite pleinement. Les comptes concernés sont surtout des comptes-titres, des contrats d’assurance-vie et des comptes de retraite, situés dans tous les pays de l’Union européenne, au Royaume-Uni, aux États-Unis, en Israël, en Chine, à Hong Kong, à Singapour et, de plus en plus, en Argentine et au Canada.

FAQ

Un compte avec un petit solde est-il signalé ?

En principe oui : pour les comptes de personnes physiques, la norme ne prévoit pas de seuil. Un compte presque vide peut donc être signalé, et il est en principe à déclarer chaque année sur le formulaire n° 3916-3916-bis (voir le guide formulaire 3916 : comment déclarer un compte à l’étranger, pas à pas).

Les comptes détenus en Suisse sont-ils concernés ?

En principe oui : la Suisse échange des informations avec la France selon la norme commune de déclaration depuis 2018, au titre des comptes détenus en 2017.

Les comptes détenus aux États-Unis sont-ils concernés ?

Les États-Unis n’appliquent pas la norme commune de déclaration, mais la France reçoit certaines informations sur les comptes de ses résidents en application de l’accord conclu avec les États-Unis en 2013, sans le solde des comptes. L’obligation de déclarer ces comptes en France ne dépend pas, en principe, de l’existence d’un échange d’informations.

Les cryptoactifs sont-ils concernés ?

La norme commune de déclaration vise les comptes financiers. Pour les cryptoactifs, un dispositif comparable a été adopté : dans l’Union européenne, la directive (UE) 2023/2226, dite « DAC 8 », s’applique depuis le 1er janvier 2026, et les premiers échanges sont prévus en 2027. Voir l’article fiscalité crypto : DAC 8 et Travel Rule.

Que se passe-t-il lorsque l’administration interroge un contribuable sur un compte à l’étranger ?

Elle adresse en général une demande de renseignements (courrier n° 751-SD) ou, selon les cas, une demande de justifications sur l’origine des avoirs (article L23 C du livre des procédures fiscales), à laquelle il est en principe répondu dans un délai de soixante jours. La réponse engage en règle générale le contribuable pour la suite de la procédure : il est recommandé de consulter un avocat avant de répondre, afin d’analyser la situation. Voir aussi l’article sur myPOS et l’échange automatique des comptes étrangers.

À lire aussi

9 commentaires

Commentaires publiés de 2017 à 2024 : la réglementation a pu changer depuis.

  1. Vandame 10 septembre 2017 à 10h23

    Cher maître
    Je suis français mais J'étais résident belge de 2014 jusque fin 2018 je suis de nouveau résident français depuis et y ouvert un compte en France, j'ai biensur conservé mes comptes belges. ma banque française m'a envoyé un simple courrier " EIA 2019" dois-je en tenir compte ?

  2. Fredo 4 septembre 2018 à 4h33

    Bonjour Maitre,

    J'ai oublié de vous informer que je suis non-résidents,j'ai ma carte de résident délivrée par
    l'Ambassade de France dans ce pays.
    J'ai payé mes impôts au sip.non-résidents Noisy-Le-Grand en France.
    Dans ce cas,je dois déclarer ou non mon compte ouvert à l'étranger.
    Je vous remercie par d'avance de votre réponse.

    Bien cordialement,

  3. Charles 28 janvier 2019 à 18h00

    Bonjour Maître
    Est ce que les revenus de retraites, qui ne sont pas des revenus financiers tels intérêts, dividendes, plus valûmes, sont aussi échangées dans le cadre de l’AEOI ?
    Merci

  4. Chabert 11 février 2020 à 11h04

    Cher Maitre,
    Selon vous, à quelle date butoir les établissements bancaires doivent annuellement communiquer les informations et avoirs des titulaires de comptes aux pays concernés ?
    Avec mes remerciements.
    Cordialement,

  5. Marc Uzan 11 février 2020 à 11h18

    Il n’y a à ma connaissance pas de précision sur cette question. Chaque établissement bancaire semblant adapter « à sa sauce » les règles de l’accord. Certains établissements semblent par exemple transmettre beaucoup d’informations, d’autres moins. La transmission d’informations se réalise en principe annuellement, mais je ne connais pas le délai pour ce faire.

  6. Jean 4 mars 2021 à 15h07

    Je suis français, retraité, résident à l'étranger, je paye mes impôts sur mes retraites en France, je ne dispose d'aucun revenu dans le pays de résidence.
    Pour déclarer mes comptes à l'étranger dans le pays de résidence (signataire OCDE) dois-je uniquement déclarer ceux de l'Echange Automatique d'informations fournit par ma banque ?
    Merci./.

  7. 26 K 8 avril 2021 à 5h33

    Maître
    Est-ce que l’administration fiscale a le droit de demander l origine des fonds qui ont plus de 10 ans.?
    (C est à dire est-ce qu elle démarre le contrôle en acceptant l antériorité de 10 ans)
    Et quelle est la convention entre Israël et la France concernant les délais de données bancaires (par exemple est-ce qu’Israël doit remettre les relevés bancaires de 10 années ou est-ce que des accords ont été réduits et lesquels ?)
    Merci

  8. Areyoubush 29 octobre 2023 à 17h42

    Bonjour Maître,

    Je suis militaire français stationné et résident en Allemagne. Je déclare mes revenus français aux centre des finances publiques des "NON RESIDENTS", j'ai un compte bancaire en France, 2 en Allemagne et 2 comptes cryptomonnaie. Ma question est : est-ce que je dois déclarer les comptes étrangers en France ou est ce que je dois déclarer mes compte crypto et mon compte français en Allemagne car je vis en Allemagne ?

    Merci pour votre réponse. Belle journée.

  9. Marc Uzan 20 février 2024 à 22h17

    Les commentaires n’ont pas vocation à trancher des situations réelles mais apporter des précisions sur les règles applicables. Encore une fois, à titre d’éléments généraux d’informations, seuls les résidents fiscaux en France doivent en principe déclarer leurs comptes étrangers.

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Me Marc Uzan, avocat fiscaliste à Paris

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Maître Marc Uzan est avocat fiscaliste au Barreau de Paris depuis 2008 et pratique la fiscalité depuis 2005.

Il reçoit ses clients et travaille en français comme en anglais ; il figure sur la liste des avocats anglophones de l’ambassade des États-Unis à Paris.

Il est diplômé du Master de fiscalité de l’Université Paris XII, diplômé de l’ESSEC et titulaire du DSCG (diplôme supérieur de comptabilité et de gestion).

Avant de créer son propre cabinet d’avocat, il a travaillé dans de grands cabinets d’avocats internationaux.

Il assiste les particuliers et les sociétés en matière de successions internationales, de fiscalité internationale, de contrôle fiscal, de comptes étrangers, de retour en France (régime d’impatriation), de départ de France (expatriation fiscale), de contentieux fiscal, de négociation avec l’administration fiscale, de recours devant les tribunaux, de RSU, stock-options et attributions gratuites d’actions, de biens immobiliers étrangers, de revenus étrangers, de déclarations fiscales, d’impôts locaux et de planification fiscale.

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